Lorsque nous sommes victimes de violences sexuelles durant l’enfance nous faisons face à de nombreuses conséquences dans différentes sphères de notre vie. L’une de ces sphères reste encore trop peu abordée publiquement du fait du tabou ou de la honte qu’elle peut engendrée chez certaines victimes. Il s’agit de celle de la sexualité. Les impacts peuvent être présents dès l’enfance / adolescence, mais dans cet article nous nous concentrerons sur la sexualité adulte. Nous détaillerons l’ensemble des conséquences et les mécanismes sous-jacents à celles-ci. Il ne s’agit pas ici de présenter une liste de critères diagnostic, mais bien d’expliquer différents fonctionnements. Si vous-mêmes avez été victime de violences sexuelles durant l’enfance, il est possible et normal que vous ne vous retrouviez pas dans chaque conséquence. Chaque personne est unique et vit les choses à sa façon. Certaines conséquences peuvent vous parler tandis que d’autres pourront être loin de ce que vous vivez. Si vous souhaitez aller plus loin, obtenir plus de détails, vous trouverez en bibliographie plusieurs articles sur la question.

Cet article se base sur les recherches scientifiques ainsi que sur la clinique. Il faut toutefois noter que pour les recherches scientifiques plusieurs biais méthodologiques existent. Premièrement, elles étudient principalement les femmes, et ce dans des cultures précises. Deuxièmement, évaluer certains troubles sexuels est difficile faute de pouvoir reproduire le contexte « en laboratoire ». Enfin, beaucoup de ces recherches sont plus quantitatives que qualitatives, nous privant de données pour mieux saisir ce qui se joue, le sentiment de détresse des victimes, etc. et c’est là que la clinique est intéressante à étudier en parallèle.

 Qu’est-ce que la santé sexuelle ?

 Avant de parler d’impacts négatifs sur la sexualité, il nous semble essentiel de revenir sur la définition de la santé sexuelle. Selon lOMS, la santé sexuelle est un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité. Ainsi la santé sexuelle s’apparenterait à la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sécurisantes, sans contrainte, discrimination ou violence.

Or, les personnes ayant été victimes de violences sexuelles durant l’enfance sont plus à risque de faire face à différents troubles dans leur sexualité, aux niveaux somatique, psychologique et comportemental, qui les empêcheront alors d’atteindre cet état de bien-être. Ce risque est d’autant plus élevé selon les modalités de l’agression : lien avec l’agresseur, répétition, durée, utilisation de la menace ou de la force.

 L’impact traumatique des violences sexuelles

 Pour comprendre l’impact des violences sexuelles sur la sexualité, le modèle de Finkelhor et Browne (1985) nous apparaît le plus clair. Ce modèle fait état de 4 dynamiques traumagéniques lors des violences sexuelles : 

  1. La sexualisation traumatique
  2. La trahison
  3. L’impuissance
  4. La stigmatisation (sentiments de honte et de culpabilité ressentis par la victime, sentiment d’être abimée ou indigne) 

Ces 4 dynamiques viennent altérer l’orientation cognitive et émotionnelle de l’enfant victime et viennent déformer comment il se conçoit et se voit, sa vision du monde et ses capacités affectives. Le fonctionnement interpersonnel (notre façon d’interagir avec les autres) dans les relations intimes sera également particulièrement impacté puisque les violences sexuelles impliquent une violation de l’intimité.

La vision que la victime a d’elle-même va être impactée négativement. Développement d’une image et d’une estime de soi négatives à cause des violences subies et des sentiments de culpabilisation, de honte ou encore de trahison ressentis lors de l’agression. L’image de soi comprend également le rapport au corps qui est lui aussi largement impacté. Lors de l’agression, la victime peut par exemple associer son corps à ce qu’elle subit, elle peut également voir son corps à travers le regard de son agresseur, altérant alors l’appréciation qu’elle se fait de ce dernier. Son corps pourra alors susciter du dégout, de la haine, du rejet, ou bien être utilisé sans considération n’ayant plus de valeur à ses yeux.

La vision du monde et des autres va également être reliée à l’agression. Des croyances et cognitions sur le sexe et les relations vont se développer. Par exemple l’idée que l’autre et l’intimité sont dangereux, que le sexe est sale, violent, interdit ou mauvais, qu’on est dans l’obligation d’avoir un rapport, que la sexualité permet d’obtenir de l’affection, etc.

Ajoutons à tout ça un possible état de stress post traumatique avec les symptômes qui en découlent et nous avons le terreau pour développer les différents troubles sexuels que nous allons présenter.

 Répercussions au niveau somatique / physiologique

 L’excitation sexuelle et le désir sont les premiers éléments qui ressortent lorsqu’on s’intéresse à la sexualité et à ses troubles. C’est d’ailleurs ce qui est mis en avant dans le DSM à la page des troubles sexuels : trouble de l’excitation, trouble de l’orgasme, intérêt sexuel et les différentes douleurs. Ce sont en effet les plus « bruyants » car les plus visibles puisqu’ils touchent directement au corps ; tandis que les autres peuvent être plus subtiles à identifier, d’autant plus dans une société où certains troubles peuvent presque être jugés comme normaux ou biens vus, malgré la détresse de la personne qui les vit. 

Avec le trauma, la victime peut avoir plus de mal à identifier ce dont elle a ou non envie, ce qu’elle aime ou non, et/ou à bien décoder ce qu’elle ressent tant émotionnellement que physiquement.

 Excitation sexuelle

 La perturbation de l’excitation sexuelle peut d’une part s’expliquer d’un point de vue neurologique. Pour faciliter une excitation sexuelle, le Système Nerveux Central (SNC) doit avoir un niveau d’activation optimal. En dessous ou au-delà, cela vient perturber l’excitation. Or, lorsque nous avons vécu des violences sexuelles, il y a déjà une activation du SNC plus élevée que la moyenne au quotidien. L’activation qui a lieu lors d’une excitation s’ajoute à l’activation de base, mais celle-ci étant déjà trop élevée, le seuil optimal est dépassé au moment de l’excitation et vient par conséquent perturber la fonction sexuelle au lieu de la faciliter.

D’un point de vue plus psychologique, l’excitation sexuelle peut-être perturbée par des reviviscences (revivre des scènes de l’agression) ou par les associations qui ont eu lieu au moment des violences. L’excitation peut par exemple être associée au dégout, à la peur ou à la colère. Elle peut dès lors être refusée, rejetée ou simplement rendre la personne non apte à une relation intime. Avec les reviviscences ou les associations négatives la personne peut également dissocier et ainsi se couper d’une excitation possible. A l’inverse, une excitation peut être présente de façon envahissante (comme ça peut être le cas dans l’addiction sexuelle présentée plus loin dans cet article). L’excitation peut également connaître des fluctuations rapides : excitation normale ou forte et envahissante à une hypoexcitation. Cela peut, en autre, s’expliquer par ce qui a été nommé précédemment ou par les douleurs (voir en dessous).

Enfin, d’un point de vue somatique l’excitation sexuelle peut s’accompagner de douleurs (maux de ventre par exemple) ou encore des nausées. Cela peut s’expliquer d’une part par les reviviscences (conscientes ou inconscientes) ou encore par les émotions associées à la sexualité, à l’excitation, ou au plaisir ressentis au moment de l’agression, telles que le dégout par exemple.

 Désir

 Pour ce qui est du désir, il y a également différentes configuration.

– La personne peut être à même d’éprouver du désir mais le refuser. C’est-à-dire que ressentir du désir va provoquer chez elle un conflit lié aux violences subies : elle va par exemple être incapable d’accepter des éléments désirables chez elle et être dans une forme de déni de ses sentiments sexuels. Elle peut aussi gérer ce conflit en tentant de garder le contrôle et pour cela initier ou avoir des relations sexuelles sans lendemain, sans attachement.

– La personne peut ne pas éprouver de désir et ressentir par conséquent culpabilité ou dépression vis-à-vis de cette absence.

– La personne peut éprouver de la peur (voire une phobie) ou de l’anxiété vis-à-vis de la sexualité et donc éviter toutes situations pouvant faire émerger le moindre désir.

 Trouble de l’orgasme

 Il peut être là depuis toujours, arriver dans un second temps, ou être présent seulement dans certaines situations avec certains partenaires. Il peut s’expliquer par différentes choses :

– Peur de la perte de contrôle (qui peut renvoyer à l’impuissance dont parlaient Finkelhor et Browne)

– Manque d’excitation

– Ou parce qu’à travers les violences sexuelles subies, la victime a appris (l’agresseur lui a appris) à satisfaire l’autre mais pas à comment se satisfaire elle-même ou à le demander. Il a d’ailleurs été noté chez les victimes de violences sexuelles un manque d’assertivité qui vient altérer la communication entre elle et leurs partenaires.

 Vaginisme et dyspareunie

 Deux troubles qui se caractérisent par des douleurs physiques.

Le vaginisme est une contraction involontaire du vagin et elle peut s’expliquer par l’anticipation d’une douleur en lien avec la douleur ressentie lors des violences sexuelles.

La dyspareunie est une douleur pendant le rapport au moment de la pénétration. Elle s’explique par un manque de lubrification (qui peut être en lien avec le manque d’excitation dont nous parlions plus haut) ou du vaginisme.

Même si ces réactions physiologiques et douleurs peuvent s’expliquer par les violences subies, il est important de ne pas négliger un avis médical pour éliminer toutes autres causes possibles et recevoir le traitement adéquat si nécessaire.

 L’évitement

 Etant donné les violences subies, la sexualité peut être associée à quelque chose de négatif par la victime. C’est une forme de conditionnement : l’agression subie est un stimulus inconditionnel qui induit chez la victime peur et anxiété. Dès lors, les aspects de l’agression deviennent conditionnés à évoquer une réponse négative chez la victime. Cette réaction peut se généraliser à toutes ou certaines situations sexuelles, comportements sexuels et/ou interaction sexuelles. De plus, selon l’agression subie, l’activité sexuelle peut être vue comme une opportunité de coercition, d’exploitation, associée à la honte, à l’impuissance, à la culpabilité, à la douleur, etc. Enfin, un acte sexuel peut déclencher des reviviscences traumatiques et entraîner une forte détresse chez la personne. Cette peur, anxiété, et aversion pour des actes sexuels ou la sexualité en général peut alors aller jusqu’à la phobie sexuelle. Phobie qui peut également être liée à une culpabilité d’avoir ressenti du plaisir lors de l’agression. Pour éviter ces sentiments et vécus négatifs, la personne va donc tout simplement éviter ce qui peut les déclencher et donc la sexualité.

La sexualité peut par ailleurs être évitée à cause des douleurs telles que le vaginisme et la dyspareunie, sources d’inconfort.

L’évitement peut aussi porter sur l’aspect plus relationnel de la relation sexuelle. Comme nous le mentionnions au début de cet article, l’agression sexuelle est une violation de lintimité, ce qui vient perturber la relation que l’on a à l’autre et à l’intimité. En outre, lorsque les violences sexuelles ont eu lieu dans l’enfance et que la victime n’a pas été protégée, écoutée, entendue, voire pire a été agressée par des personnes en qui elle avait toute confiance, son attachement va être perturbé. Sa confiance aura été trahie (pour reprendre une des dynamiques traumatogènes de Finkelhor et Browne). Elle ne pourra ainsi plus faire confiance aussi facilement, l’autre sera vu comme un potentiel danger de qui il faut se méfier, se protéger. Lintime sera par conséquent associé à cette trahison et aux émotions ressenties lors de l’agression notamment si la victime avait une relation intime avec l’agresseur (parent, fratrie…).

L’évitement relationnel peut alors se manifester de deux façons :

– Soit la personne peut éviter toute relation sexuelle afin d’éviter toute relation intime (émotionnelle) sous peine de vivre des émotions négatives ou de présenter des difficultés sexuelles ; ou car les violences subies lui ont fait croire qu’elle est abîmée ou indigne de ce type de relation.

– Soit la personne peut à l’inverse cliver, compartimenter l’intimité sexuelle de l’intimité émotionnelle et en ce sens avoir des relations sexuelles sans attachement, sans lendemain, avec partenaires multiples.

 Hypersexualisation – compulsion sexuelle

 L’hypersexualisation se présente et s’explique de différentes façons.

On peut déjà noter l’hypersexualisation des relations qui est un symptôme central des violences sexuelles. Il s’agit de sexualiser toutes les relations, qu’importe leur type. Pour Finkelhor et Browne c’est le risque de la sexualisation traumatique qu’ils décrivent dans leur modèle.  Il devient impossible pour la victime de séparer sexualité et affection à cause des violences subies, les deux s’étant associées, mélangées, ou parce que l’agresseur a présenté l’affection/l’amour comme une récompense au moment de l’agression. Ainsi, le sexe peut être utilisé comme moyen d’obtenir de l’affection, de l’amour. Évidemment, cela n’est pas forcément conscientisé par la personne et cela se fait malgré elle.

La stigmatisation qui fait que la victime se voit et se croit abîmée ou indigne peut également l’amener à donner son corps aux autres beaucoup plus librement. C’est en lien avec l’image de soi, y compris l’image du corps. Le sexe peut aussi venir, à ce moment-là, donner la qualité qui fait défaut aux yeux de la victime : la personne devient utile, digne de l’autre par la relation sexuelle. Elle n’existe finalement que par la sexualité.

La compulsion sexuelle peut être liée au sentiment d’être obligé de donner son corps si l’autre le demande, même si on en éprouve aucun désir. Ce sentiment d’obligation peut notamment s’expliquer par le fait que la victime ait été soumise lors des violences sexuelles et qu’on ne lui ait pas appris à fixer des limites, à s’affirmer, à communiquer, à demander. Ce qui renvoie au manque dassertivité mentionné plus tôt dans l’article. La compulsion sexuelle peut également se retrouver dans les relations sans attachement, répétées, avec de multiples partenaires, soit pour éviter toute intimité relationnelle, soit pour fuir ses émotions. Le sexe devient dès lors un moyen de lisser son angoisse, ou de se dissocier (au sens coupure émotionnelle) par rappel des violences subies et ainsi anesthésier toutes émotions ressenties. Pour favoriser la dissociation (soit car la violence rappelle l’agression, soit car elle génère du stress qui permet la dissociation) ou pour réussir à fonctionner sexuellement, la personne peut également s’engager dans des relations violentes. Le danger étant un risque d’exposition aux infections sexuellement transmissibles, grossesse non désirée, ainsi qu’à une revictimisation (la personne ne connaissant pas forcément ses partenaires, ou n’étant simplement pas en mesure d’évaluer correctement à qui se fier). On retrouve ainsi toute la problématique des conduites sexuelles à risque.

La compulsion sexuelle peut aller jusqu’à l’addiction sexuelle. La personne peut avoir une excitation sexuelle envahissante, des pensées et images intrusives de sexualité, un « besoin » irrépressible de passer à l’acte sexuellement. Pour résoudre ce besoin et cette excitation, la personne pourra alors avoir des relations sexuelles ou procéder à une masturbation qui deviendront compulsives puisque le soulagement n’est qu’à court terme et alimente finalement l’addiction. Il s’agit d’une véritable souffrance, où il n’y a pas de plaisir au bout de l’acte sexuel. Si nous sommes dans un versant addictif, le contrôle n’entre plus en jeu, le cerveau est dans une sorte de conditionnement (parcours de la récompense : sexualité = soulagement d’une tension, d’une angoisse) et il n’est donc pas si simple de mettre un terme à ce comportement.

Tout ce qui a été énuméré précédemment peut entrainer également une entrée dans la prostitution. Bien évidemment, d’autres mécanismes peuvent l’expliquer et nous les détaillerons dans un prochain article. 

Enfin, la compulsion sexuelle peut également s’expliquer par la compulsion de répétition (inconsciente) : rejouer l’agression vécue, comme dans une tentative de reprise de contrôle (pour faire face à l’impuissance que l’agression a générée). 

 Masturbation

 Même si les recherches font peu ou pas état de la masturbation chez les victimes de violences sexuelles, la clinique montre que c’est également un comportement miné par le trauma. Comme pour plusieurs des troubles présentés, il y a également deux versants : hyper (excès) ou hypo (évitement, négatif), les deux pouvant coexister.

Après des violences sexuelles ayant eu lieu dans l’enfance, la victime enfant peut adopter un comportement de masturbation compulsive, mais c’est également un comportement que l’on retrouve chez la victime devenue adulte. Nous pouvons d’ailleurs retrouver ce comportement dans l’addiction sexuelle.

Avec les croyances négatives sur la sexualité, et les associations qui se sont faites lors des violences, la masturbation peut être perçue comme quelque chose de sale, mauvais ou interdit. Elle peut aussi provoquer différentes douleurs (toute comme lors d’une excitation pusique celle-ci peut être impliquée). Elle peut donc être tout bonnement évitée, et/ou induire chez la personne du dégout, de la honte, de la culpabilité, etc. L’évitement peut également s’expliquer par le désinvestissement du corps résultant des violences subies.

 Prise en charge

 Comme mentionné dans la partie sur les répercussions somatiques, il est essentiel dans un premier temps de consulter un médecin si vous faites l’expérience de troubles sexuels sur un plan plus somatique. Même si le trauma peut en être responsable, il est également possible qu’il y ait une cause physiologique et celle-ci ne doit pas être négligée. Le traitement pourra dès lors être adapté.

Quand les causes physiologiques ont été écartées ou traitées, on peut donc supposer que la cause est le traumatisme. Dans ce cas, les recherches montrent que les traitement médicamenteux (pour l’excitation génitale, le trouble de l’orgasme, la lubrification…) obtiennent peu d’effets, voire aggravent la situation. Les rapports peuvent devenir encore plus inconfortables et déplaisants.

Comme pour tout ce qui touche au trauma, une prise en charge intégrative est essentielle selon nous. Elle peut être individuelle, de groupe et/ou de couple.

La thérapie individuelle est à notre sens centrale dans ce type de problématique. Durant celle-ci il est important de travailler sur les souvenirs traumatiques mais également tout autour. C’est un travail global qu’il faut entreprendre puisque lorsqu’on est enfant notre personnalité est encore en construction, tout n’est pas solidifié et lorsque les violences sexuelles ont lieu elles viennent tout déstructurer. Il faut dès lors tout reprendre. Un travail sur les cognitions et les croyances est également très important puisque, comme nous l’avons détaillé tout au long de cet article, celles-ci sont particulièrement affectées.

En individuel ou en groupe, des thérapies par l’écriture ont montré des effets positifs. Il s’agit d’écrire sur son schéma sexuel et/ou sur les traumas vécus.

– Ecrire sur son schéma sexuel permet une meilleure connaissance de ses réponses génitales, du fonctionnement de son corps, et permet ainsi d’avoir plus de bienveillance envers soi-même.

– Ecrire sur ses traumas permet de se réapproprier son vécu pour avoir moins envie de supprimer les souvenirs et leurs expressions émotionnelles qui poussent à des conduites à risque par recherche d’anesthésie ou d’évitement. Cela permet également de s’y exposer doucement. Il est toutefois essentiel que ce travail soit réalisé dans un cadre thérapeutique sécurisé.

Au niveau corporel, la méditation peut également être une bonne technique, si celle-ci s’inscrit dans un suivi thérapeutique. Cela permet d’être plus connecté à soi, à son corps et à ses réponses pour mieux comprendre ce qu’il se passe, mais aussi pour être plus dans l’instant présent que dans les souvenirs traumatiques. La méditation peut toutefois s’avérer compliquée voire dangereuse selon son état du moment et où on en est dans sa prise en charge. Il est donc essentiel qu’elle soit encadrée comme il faut et qu’elle se fasse au rythme de la victime.

La thérapie de groupe permet quant à elle d’échanger avec d’autres victimes vivant la même chose, ce qui permet de se sentir moins isolé, bizarre, voire déviant (sentiment récurrent quand il s’agit de la sexualité). Cela permet également de travailler sur le sentiment de honte et culpabilité. Elle peut s’avérer très utile en parallèle d’un travail en individuel.

Enfin, la thérapie de couple peut être pertinente si la personne ayant été victime est actuellement dans une relation, afin d’aider son ou sa partenaire à mieux comprendre ce qu’elle vit et comment y réagir.

 Conclusion

 Les violences sexuelles sont une violation de l’intimité et de ce fait viennent perturber le fonctionnement interpersonnel (relation à l’autre) dans la relation intime. Lorsqu’elles ont eu lieu dans l’enfance les conséquences sont d’autant plus dramatiques puisqu’elles viennent impacter toute une structure encore fragile. Par ailleurs, celles-ci étant commises dans le cadre familial ou par des personnes de confiance, c’est tout l’attachement (sa confiance dans l’autre et dans l’environnement) qui est perturbé. C’est à partir de tout ça que la sexualité adulte sera impactée, tant dans son aspect psychologique, comportemental que physiologique.

Les troubles présentés par les victimes s’inscrivent sur un spectre et peuvent aller de l’aversion pour la sexualité à la compulsion sexuelle, les deux pouvant coexister. Ils sont alimentés par les croyances et cognitions négatives, par une image de soi et de son corps négative ou perturbée, par des reviviscences traumatiques, etc. En résulte un inconfort dans la relation intime et un manque d’épanouissement et de satisfaction sexuels. Concrètement, les personnes les expérimentant ne trouvent pas de plaisir et/ou de soulagement à la fin de la relation intime, comme il se devrait.

Cet article comprend une seconde partie où nous vous proposons un témoignage pour illustrer de façon plus concrète ce qui a été présenté dans cette première partie. Si vous aussi vous souhaitez témoigner sur cette question ou une autre, vous pouvez nous écrire. 

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